Nous sommes 450 candidats, prétendant à la célébrité, qui attendons de montrer notre talent de chanteur ou chanteuse.
Cela se passe dans la Seine-Saint-Denis, tout près du Stade de France.
Mon rendez-vous est fixé à 14 heures, mais l'équipe à beaucoup de retard.
Les rendez-vous de 12 heures attendaient toujours leur tour.
Les parents ne sont pas autorisés à assister aux auditions. Parmi les candidats, beaucoup de jeunes très branchés et classe à la fois s'impatientent.
Les jeunes filles sont particulièrement mode pour cette audition ! Nous sommes rares à avoir 30 ans par rapport à la vague des 15-25 ans, présents aujourd'hui.
Pendant nos longues heures d'attente, on nous donne des fiches à remplir et un fac-similé de contrat. Ensuite, on nous remet des badges avec un numéro.
Beaucoup des candidats échangent leur expérience sur ce que les a conduits à être là.
Ils lient connaissance pour passer le temps. Ce temps d'attente est long, vraiment très long.
Enfin, après trois heures de piétinement, nous sommes appelés pour nous faire passer directement sur le plateau télé.
Nous traversons de longs couloirs où des portes de studios innombrables sont fermées.
C'est immense. On voit même un hangar qui abrite les cars de régie.
Sur le plateau de son émission « Chanter la vie », nous sommes désormais 150 jeunes venus de toute la France à avoir fait le déplacement à Paris pour être auditionnés par Pascal Sevran.
Nous sommes tous fatigués d'avoir autant attendu.
Mais peu de personnes se laissent aller à se plaindre.
Pascal Sevran nous invite à prendre place sur les sièges réservés au public. Il se met face à nous. Il est debout. Il porte une écharpe.
Ses cheveux sont blond foncé. Il paraît être plus petit que ce que l'on peut croire quand on le voit à la télé. Très posément, il nous explique :
« Bonjour, je vous ai fait venir pour « L'Entrée des Artistes ». Une nouvelle émission qui passera très prochainement à la télévision. J'ai souhaité vous entendre et ainsi vous donner une chance de vous faire connaître du grand public....
Euhhhh, bien entendu tout le monde ne passera pas.
Cette audition n'est pas filmée et donc ne passera pas à l'antenne, mais une petite caméra indiscrète tournera par-ci, par-là. Sachez que c'est un métier difficile et assez cruel,
mais c'est ainsi, seuls les meilleurs résisteront... »
Ainsi conclura-t-il. Son ton était solennel et parfois il réfléchissait longuement à ce qu'il allait dire et comment il allait s'y prendre.
L'audition commence. Tous les candidats chantent dix secondes ou une minute.
Ca avance assez vite. Pascal les écoute et souvent prend une mine agacée d'entendre toujours les mêmes morceaux depuis la veille, début du casting. Il se montre parfois assez expéditif avec les techniciens même vis-à-vis de certains de nous. Le directeur des Divertissements de France2 nous rejoint. Je passe au troisième tour.
J'ai un trac immense, la gorge nouée, je chante ma chanson « A part ça ».
Visiblement ça ne le touche pas. Au bout de quelques secondes il me remercie et dit :
« Au suivant... ». Mon aventure s'arrête là.
A la fin du passage de tous les candidats, il reprend la parole :
« Je vais appeler maintenant dix personnes. Cela ne veut pas dire qu'elles seront retenues, euhhhhh, pour les autres, vous ne serez pas dans le film, je suis désolé. Mais sachez qu'il y a une vraie différence entre chanter pour sa famille et ses amis, chanté pour des millions de téléspectateurs à la télé. Il faut faire un choix, on ne peut pas prendre tout le monde. Peut-être me suis je trompé ? Je n'en sais rien, je ne suis pas producteur. »